Toute une époque qui se termine. J'en verserais presque une larme de bonheur…
Tout ceci commença en quatrième, avec la seconde langue obligatoire. Ayant "choisi" ("Ton frère a fait Allemand première langue, et il s'en trouve très bien, donc toi, ce sera pareil.") le langage, aussi doux qu'un bonbon au piment rouge mêlé à de petits grains de poivre, qu'est l'Allemand en sixième, je me voyais contrainte d'apprendre la langue de Chatqueuespire en quatrième.
Ne sachant pas que toutes ces années d'anglais allaient être une torture de longue haleine, j'étais très pressée d'assister à mon premier cours. Il faut dire que, à l'époque, mon seul contact avec la culture anglaise et américaine était le groupe Hanson dont j'étais fan… Bon, d'accord, on a tous fait des erreurs de jeunesse. Et puis, "MMMbop", ça groovait un max quand même!
Ma toute première heure d'anglais fut passée à répéter "coemmfôôrtêâbeuleuh" (= "comfortable"). Moi qui voulais savoir comment dire "coupe aux carré", "est ce que je peux être votre petite sœur?", j'étais dépitée. Je le fus d'autant plus à la remise du premier contrôle, quand la prof s'approcha de moi, étouffant son rire:
"Remarque pour toute la classe. Ne faîtes pas comme Melle Wizardounette qui a très bien compris l'emploi de la majuscule en français. Même en milieu de phrase, le "I", pronom de la première personne du singulier a toujours une majuscule."
Et en effet, tout au long de ma copie, mes "i" étaient joyeusement raturés.
Peuple barbare et mégalo.
En première, notre classe d'anglais regroupait toutes les sections. La prof d'anglais en chemisier saumon transparent à pois nous considérait comme un ramassis hétéroclite de bons à rien, et sa voix de crécelle suraiguë nous le rappelait sans cesse. Elle pensait pourtant pouvoir sauver les littéraires de la fange dans laquelle nous, les scientifiques, nous nous noyions.
Etant à côté de Vison Buté, une littéraire avec qui, je l'avoue, nous passions plus de temps à nous moquer de la tenue vestimentaire douteuse de la prof qu'à nous intéresser aux propos entrecoupés de cris de souris et de punitions, je devins rapidement l'ennemi public numéro 1. Et la prof signala très rapidement à Vison Buté qu'elle ferait mieux de rejoindre ses collègues littéraires plutôt que de rester avec une fille d'aussi mauvaise influence. I was a bad girl. Vison Buté étant, comme son nom l'indique, un peu butée, elle ne tint pas compte des avertissements de notre tortionnaire. Mais notre moyenne d'anglais ayant chuté d'approximativement 7 points en deux mois, on décida toutefois de se séparer.
Ma tête cessa d'être mise à prix, et je retrouvai mon statut de pauvre être scientifique décadent de bas étage.
Un jour, la prof décida de nous passer un film, "The Boxer". Nous étions tous heureux d'échapper pendant quelques heures à l'horrible voix de la prof. Mais ce que nous n'avions pas prévu, c'est que, étant donné que les littéraires avaient une heure d'anglais de plus que nous chaque semaine, ils eurent droit à la fin du film, alors que nous n'avions regardé que la première heure… Evidemment, il est un peu dur de résumer un film et d'en donner la vision de l'auteur en contrôle lorsque l'on n'en a pas vu la deuxième moitié. Et le résultat du contrôle fut pour la prof la preuve que les scientifiques étaient irrécupérables, mais que les littéraires, grâce à sa bonté et à son sens du devoir, avaient été préservés de notre triste sort.
Ma terminale fut ma plus agréable année d'anglais, et me permit de redécouvrir quelques grands films, comme "American History X", où la Mamie qui nous servait de prof se cachait les yeux dans les scènes violentes, en nous priant de faire pareil. Evidemment, au bac, j'ai bien essayé de me cacher les yeux face à l'énoncé, mais sans grand succès.
Après deux années de prépa passées à être tyrannisée par une prof d'allemand qui nous disait très clairement qu'on était nul, mais toujours avec le sourire, je découvris que l'anglais était obligatoire en école d'ingénieur. Et il y avait un test, sorte de QCM pour nous classer en 8 groupes (le 1 étant le meilleur), et déterminer qui seraient les chanceux des groupes 7 et 8 qui auraient droit à 2h de soutien supplémentaires. Pendant le test, je me plaçai judicieusement aux côtés de quelqu'un qui me semblait sérieux, et je jetai quelques coups d'oeils, admirative devant les beaux cercles entourant ses réponses. Devant le panneau de résultats, je m'aperçus que j'étais dans le groupe hate, celui ayant droit à deux heures en rab' de pur bonheur. Au premier cours, je me retrouvai assise à la droite de celui faisant de si jolis ronds au test… Et il me dit:
"Ah, ben toi aussi tu te retrouves ici? Tu sais que j'avais tout misé sur toi et tes réponses au test?"
Au début de ma deuxième année d'école, j'eus droit à une promotion: je passai du groupe 8 au 7. Quelle fulgurante progression! Ma prof était un croisement entre une harpie et une sorcière anorexique, s'habillant en haillons de haute couture. Je m'aperçus bien vite que je faisais partie des gens qu'elle n'appréciait pas, cette partie correspondant à toute la classe exceptée une personne: Lècheculdeservice. Lors d'un test blanc, QCM encore, la prof demanda les résultats:
Ton sec: "Melle Wizardounette, combien de fautes?"
Regard fier, sourire épanoui: "Aucune!"
Yeux écarquillés, voix inquiète: "Mais vous avez bien compté? Vous avez eu de la chance alors!"
Dans ma barbe: "Screugneugneu… M'en vais faire un QCM au compas autour de ses yeux moi…"
La tyranne, passant à Lècheculdeservice: "Et vous mon petit, combien de fautes?"
Petit chiot répondant à sa maîtresse en s'aplatissant sur le sol tout en jappant: "Une seule Madame."
Surprise de la sosie de Cruella: "Comment? Mais vous n'êtes pas malade au moins?"
Comment se fait-ce que "certains" (mépris dans la voix) aient eu tout juste alors que vous ayez commis une erreur?"
L'espèce de cabot à langue pendante: "Je ne sais vraiment pas Madame."
Mais tout ceci est terminé, mon dernier cours d'anglais est maintenant derrière moi. Bon, bien sûr, l'an prochain, je vais en Ecosse, mais ce sera pas pareil, hein? HEIN?